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9 août 2009 7 09 /08 /août /2009 09:31
je transmets





Par Jean Matouk | Economiste | 08/08/2009 |

 


Comme chaque été ou presque, les producteurs de fruits se plaignent des prix d'achat trop bas à la production, qu'ils estiment inférieur de 0,10€ à 0,30€ le kilo par rapport à leur coût de production.


Le consommateur-téléspectateur les plaint, mais quand il fait ses courses, aussi bien dans les grandes surfaces (et plus encore dans leurs « déclinaisons » récentes des centres-villes) que dans les marchés, il ne constate aucune baisse des prix.


Le producteur déclare ne vendre qu'à 80 centimes le kilo de pêche ou brugnon, mais le consommateur continue à le payer, en moyenne, 2,5/2,75€.


Et, bien qu'à un degré moindre, les légumes frais donnent souvent lieu aux

mêmes manifestations.


Les ventes au déballage sur les parkings des grandes surfaces, avec le chou-fleur à 0,75€ et le plateau de brugnon à 1€ ont été de bonnes opérations publicitaires pour les « hypers » , mais des palliatifs sans lendemain. Que se passe-t-il en vérité ?

0,60€ à la production, 2 ,75€ à la consommation ?


En premier lieu, il est exact que, dans les conditions normales, la main d'œuvre de cueillette est, en France, 45% à 48% plus chère qu'en Espagne ou en Italie. 12€-13€ de l'heure en France contre 7 en Espagne. L'écart est plus large que l'écart moyen des salaires (environ 25% à 30% en moyenne en 2003 (OCDE), ce qui n'a pas dû beaucoup changer).


Les producteurs de fruits espagnols doivent donc bénéficier d'avantages annexes, auquel cas la Commission européenne, si sourcilleuse, devrait intervenir, ou bien le Gouvernement espagnol ferme plus les yeux sur le travail « au noir », notamment marocain.

On comprend que le ministre français de l'Agriculture envisage lui aussi une baisse des charges sociales. On y revient plus loin.


En second lieu, la marge totale absorbée par les circuits commerciaux reste incompréhensible.


Dans une tribune d'août 2007 (sur son blog De quoi je me M.E.L.), Edouard Leclerc donne « son » coût d'exploitation pour fruits et légumes, à partir de pommes Golden à 2,08€, nectarines blanches à 2,75€, abricots Bergeron à 2,38€, carottes à 1,06€ et courgettes à 1,64€, tous produits en France.


Il chiffre sa marge brute à 36% sur les pommes, 27% sur les nectarines, 44% sur les carottes 19,7% sur les courgettes, mais affirme perdre de l'argent sur les abricots (-13,26%).

Moyenne grossière : 20% !


En reprenant le chiffre de 0,80€ le kilo de pêche (confirmé par l'interview d'un arboriculteur des Pyrénées orientales dans Le Monde) sachant , par ailleurs , que le prix trié et mis en cagette, est de 1,30€ , selon la même source , une fois retirée la marge moyenne de 20% exposée par Leclerc, et en supposant que tous les détaillants l'appliquent, soit environ 0,26€ (appliquée au 1,3€), ou est passé l'euro ou l'euro et demi d'écart par rapport au prix de vente moyen au consommateur ?


Le fameux problème des circuits commerciaux reste entier.

Et il serait douteux que l'actuel gouvernement y change quoi que ce soit. C'est une bonne part de sa clientèle électorale.

Les prix freinent la consommation de fruits et légumes frais


Par ailleurs, la consommation de fruits qui augmentait régulièrement entre 1950 (40 kilos par habitant) et 1990 (72 kilos) diminue progressivement depuis la fin des années 90 ; celle de légume ne progresse plus (60 kilos en 1950 - 119 kilos en 1995), selon une étude de la Direction générale de la Santé.


C'est une évolution contraire à celle constatée dans d'autres pays européens, et nous sommes loin derrière l'Espagne et l'Italie.


La consommation de légumes surgelés, et de plats préparés contenant des légumes, augmente, ce qui réduit d'autant celle des légumes frais ; ces deux mouvements complémentaires sont évidemment liés à un déclin de la cuisine domestique.


Mais pour les légumes comme pour les fruits, le maintien des prix élevés des « frais » est aussi un frein à la consommation.


Ce frein, dans une situation de concurrence forte de la part des pays du Sud de l'Europe, entraîne une surproduction, qui explique le maintien de bas prix à la production…. et de belles marges à la distribution.


On nous ressasse qu'il faut manger « au moins cinq fruits et légumes par jour », y compris d'ailleurs les surgelés.


Or, selon la source précitée (DGS), la sous consommation de fruits (un ou moins par jour) et légumes (1,5 ou moins par jour) concerne plus de 70% de la population adulte (12-75 ans) française.


Sans doute prend-on l'habitude de ne pas manger assez de fruits et légumes !

Sans doute les produits concurrents offerts par les industries agro-alimentaires à base de céréales et de produits laitiers (mais aussi de sucre, sel et graisses trans… qui menacent notre santé), ainsi qu'une publicité malsaine en direction notamment des enfants, avec les distributeurs automatiques de ces mêmes produits, expliquent-ils cette désaffection relative.

Mais l'impératif sanitaire est surtout entravé, pour les moins aisés d'entre nous, par les prix.

Une autre organisation agricole est possible


Le ministre a raison de dire qu'il faut obéir à la demande de la Commission européenne de faire rembourser par les producteurs de fruits et légumes les 500 millions (380 plus les intérêts) versés par le Gouvernement français avant 2002.


Il sait, en effet, que c'est nécessaire pour engager dans de bonnes conditions la prochaine réforme de la Politique agricole commune (au-delà de 2013).


Depuis cinquante ans, dans un mouvement initié par de Gaulle, et constamment soutenu par le RPR, notamment par Jacques Chirac, pour « défendre » un monde agricole fidèle client électoral, la France a clairement diminué son poids dans tous les autres domaines de négociation.


Et, sauf changement clair de notre politique agricole nationale, nous assisterons, lors des négociations prochaines, à une répétition de ces marchandages européens globalement défavorables à la France.


Aujourd'hui encore, les producteurs de fruits et légumes seront, d'une façon ou d'une autre, subventionnés à peu près à niveau égal des sommes éventuellement remboursées, par baisse des charges sociales ou remise des intérêts d'emprunt.


Comme on l'a fait depuis cinquante ans, faute d'une réelle planification courageuse des mutations agricoles au départ, la décimation lente, politiquement tolérable, de ce secteur agricole après d'autres, va être géré par ce Gouvernement comme les précédents, en liaison étroite avec la FNSEA et le Crédit agricole.


Or une autre organisation agricole nationale, d'ailleurs soutenue par l'Union européenne, serait possible et même souhaitable, au vu de deux tendances lourdes et irrésistibles : le goût pour le « bio » et le « coefficient carbone » des transports à longue distance.


Elle serait de nature à soutenir les revenus des producteurs et à augmenter le niveau de consommation de produits frais.


Il faudrait élaborer un grand projet de « relocalisation » de la production de fruits et légumes près des centres de consommation, ou, pour des raisons de climat, à la distance la plus faible possible.


Et il faudrait, en même temps, que ces productions péri-urbaines déjà relancées à San Francisco -on voit même à Détroit des maraîchers s'installer au centre ville sur les friches industrielles- soient toutes orientées vers un « bio », d'autant plus crédible qu'il serait éventuellement « visible » pour les consommateurs, et, évidemment, moins « chargé » en carbone de transport.


De nouvelles formes coopératives, comme les Amap , sont particulièrement indiquées à cette fin.


Des débuts de réalisation de ce type de circuits « courts », laissant de bons revenus au producteur avec des prix plus faibles à la consommation, existent un peu partout.


Les généraliser n'est qu'une question de volonté politique et ce devrait être une composante du grand « plan » que financera l'emprunt public.



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Published by Loukoum & Cie - dans Truc à savoir
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