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24 août 2009 1 24 /08 /août /2009 07:16
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Ils ont mis le feu au chalet du patron

de Novartis et volé les cendres de sa mère.

Qui sont les extrémistes de la cause animale ?


'ALF Goat' (Sirkullay/Flickr).

L'Hebdo



« Meat is murder », la viande est un meurtre.



Son combat, « JS » l'a tatoué dans sa chair.


En ce samedi après-midi, devant le magasin Harrods à Londres,

cette Anglaise d'une vingtaine d'années au look gothique,

employée de Lush (une marque de cosmétiques 100% naturels),

tient une pancarte appelant au boycott de la fourrure :


« Je me bats pour les droits des animaux, comme d'autres avant moi contre l'esclavage ou le sexisme. Les humains n'ont pas le droit de s'habiller en peau d'animaux », dit-elle, plantée sous un soleil de plomb devant l'entrée du magasin chic, en compagnie d'une vingtaine d'autres militants : femmes à la retraite, étudiants, squatteurs, petits employés, cadres, quelques enfants de bonne famille…


Ils veulent une société sans viande ni cuir, laine, fourrure, soie, cire d'abeille ou produits testés sur les animaux. Ils se revendiquent « vegans » et n'ont pas d'animaux de compagnie.


Leurs cibles se faufilent vers l'entrée en baissant la tête pour ne pas voir le chien écorché vif sur l'affiche que dresse « JS » en les fixant avec un regard culpabilisateur.


Une « semaine d'action » prévue du 24 au 30 août

Durant une petite semaine, je suis allé à Londres à la rencontre des « JS », Phil, Debbie, Ann ou Clare, ces extrémistes de SHAC (Stop Huntingdon Animal Cruelty), mouvement de défense des animaux qui défraie la chronique depuis quelques semaines, surtout en Suisse.


Certains de ses membres sont accusés d'avoir mis le feu, début d'août, à la maison de vacances de Daniel Vasella, patron de Novartis, après avoir volé l'urne funéraire de la tombe de sa mère, à Coire (Suisse).


Officiellement, l'action a été revendiquée par la MFAH (Militant Forces against Huntingdon Life Science).


Or, pour les spécialistes britanniques de l'« anti-écoterrorisme », c'est SHAC qui se cache derrière ces opérations commandos pour la libération des lapins and Co.


SHAC promet une semaine d'actions, du 24 au 30 août, contre Novartis ou AstraZeneca.

Une menace que Jean-Marc Flükiger, spécialiste du radicalisme à l'Université de Fribourg, prend très au sérieux.

Il n'exclut aucun type d'action :

« Sabotage
d'installations, vandalisme contre des laboratoires, des installations de vivisection ou contre des entreprises considérées comme liées à cette problématique, libération d'animaux ou incendies criminels… Il y aura très probablement des “home visits”, ces attaques contre le domicile d'un employé d'une compagnie visée… »

Extrémistes ou terroristes ? Sept leaders de SHAC en prison


La principale cible est Huntingdon Life Sciences (HLS), premier laboratoire européen d'expérimentation animale.


Ce centre de recherche est situé à Huntingdon, petite bourgade à une heure de Londres.


Le cadre qui me l'a fait visiter a tenu à rester anonyme : il a déjà été harcelé (courrier, voiture vandalisée…).


Mais selon lui, ces radicaux sont en perte de vitesse, au moins en Grande-Bretagne :

« Depuis 2005, le gouvernement britannique a serré la vis à ces organisations extrémistes. Leurs campagnes d'intimidation sont désormais considérées comme criminelles et passibles de lourdes peines de prison allant jusqu'à plus de dix ans d'incarcération. »


Sept leaders de SHAC croupissent à l'heure actuelle derrière les barreaux.


« Cela les a refroidis », estime le cadre.


Il était temps, dit-il, y compris pour lui : « Si ma femme n'avait pas été à mes côtés, j'aurais quitté mon travail. Ma vie était devenue un enfer. L'Etat se devait de réagir. »


Pour Barbara Davies, directrice de la communication de Understanding Animal Research (comprendre la recherche animale), ONG basée à deux pas de Piccadilly Circus, « les radicaux de la cause animale ne peuvent plus agir à leur guise en Angleterre » :

« Les gens de SHAC ou de l'ALF (Animal liberation front) sont surveillés de près et pressés comme des citrons. Normal qu'ils cherchent des cibles à l'étranger. »

« JS », la jeune femme aux cheveux rouges devant Harrod's,

ne se considère pas comme terroriste, mais n'exclut aucune action,

bien qu'elle ne veuille rien dire de ses activités « confidentielles » :

« Si vous pensez que je vais me faire exploser devant vous, vous vous trompez. Mais je peux aller très loin pour sauver des animaux. »

« La justice nous persécute »


Quinquagénaire à la voix douce, Debbie Vincent, une des activistes à plein temps de SHAC, calée dans une chaise longue à Hyde Park, déplore le désintérêt médiatique pour leur cause :

« L'opinion publique n'entend plus notre voix. Les médias, qui sont à la solde des groupes pharmaceutiques ne parlent plus de notre cause. La presse a trop peur de perdre de la publicité. Et la justice nous persécute. »


Un pas de travers, assure-t-elle, et la police lui saute dessus pour la jeter à l'ombre.


Une action « directe » déjouée ou découverte, et c'est la prison.


Et quand les militants se déploient dans la rue, comme chez Harrods, les caméras de surveillance, qui pullulent à Londres, sont à l'affût du moindre faux pas.


Debbie Vincent a été arrêtée plus d'une quarantaine de fois ; elle est « persona non grata » en Suisse.

« Les sociétés démocratiques n'acceptent que les protestations qui sont inefficaces. Si nos actions dérangent trop, nos gouvernements durcissent les lois. Ce sont eux qui poussent nos militants à la clandestinité et à la violence. Ce sont eux les terroristes, pas nous. »


Est-ce une raison pour terroriser Vasella ?


« Si cela n'avait pas eu lieu, vous ne seriez pas là en face de moi pour en parler », constate Debbie Vincent, qui a déjà participé à des actions illégales :

« Il y a une telle frustration face à ces entreprises qui ne veulent pas négocier avec nous. Mais franchement, je ne vais pas plaindre un millionnaire qui maltraite les animaux. Novartis ne travaille pas pour l'humanité, mais pour faire du fric. »


Agé de 58 ans, Ronnie Lee, premier écoterroriste de l'histoire, affirme avoir « quitté l'activisme ».


Mais il n'hésite pas à justifier la violence, qu'il rebaptise « autodéfense des animaux », ceux-ci ne pouvant se défendre :

« Ces actions font souffrir les gens qui gagnent de l'argent sur le dos des animaux et les torturent. N'attendez aucune compassion de ma part pour des personnes qui n'en ont aucune pour les animaux. S'ils sont blessés durant une action, c'est leur problème. Pas le nôtre. »


Lui a passé plus de huit ans derrière les barreaux, mais ne le « regrette pas pour un penny » :

« Au début, nous étions six pour lutter pour les droits des animaux. Aujourd'hui, ils sont des milliers. Nos actions ont permis de faire évoluer la cause. En Angleterre, par exemple, l'industrie de la fourrure a disparu du paysage. » (Lire ici son interview complète)

L'action contre Vasella, un baroud d'honneur ?


L'affaire Vasella ne doit pas être interprétée comme un renforcement du mouvement.


En Grande-Bretagne, le nombre d'attaques a drastiquement diminué depuis 2004 où plus de 124 militants ont été arrêtés.


« Tout comme celui des manifestants qui est passé de 11 400 à moins de 6300 en 2008 », se réjouit Crispin Slee, porte-parole de l'association de l'industrie pharmaceutique britannique (ABPI).


Idem pour les blocages de sociétés, les visites des maisons des directeurs, des employés, les incendies criminels ou le harcèlement téléphonique ou par courriel.


« Ils sont à bout de souffle en Angleterre », conclut une source sécuritaire du royaume.


Le cadre de Huntingdon confirme :

« Nous ne voyons plus les gens de SHAC devant nos portes. Pour nous, le réveil même tardif des autorités britanniques a porté ses fruits. Les activistes sont allés trop loin. A force de faire peur aux gens et de nous violenter, ils ont perdu toute sympathie dans l'opinion. »


« Faux », rétorque Debbie Vincent.


« Nous avons plus de 10 000 activistes. Et des demandes de renseignements affluent de partout en Europe depuis les actions contre Daniel Vasella. »


Qui paie ?


Ce que cette pasionaria des droits des animaux ne dira pas, en revanche, c'est que les attaques contre le patron du groupe bâlois ne doivent rien au hasard.


Selon plusieurs sources britanniques, elles ont été planifiées en juin dernier à Oslo lors du rassemblement mondial annuel des mouvements de défense des animaux.


Plus de 300 activistes des Etats-Unis, d'Italie, de Russie, d'Australie, d'Autriche ou de Suisse s'y sont rencontrés.


Officiellement pour parler philosophie.


Officieusement, pour trouver de nouvelles stratégies de lutte et surtout des cibles pour frapper un grand coup médiatique.


Qui paie pour toutes ces opérations ?


« Des donateurs privés, les militants eux-mêmes, mais aussi les organisations officielles comme PETA (People for Ethical Treatment of Animals) ou Speak (the Voice for the Animals) en Angleterre », accuse le cadre de Huntingdon Life Science. Barbara Davies confirme :

« D'une manière ou d'une autre, l'argent circule entre les mouvements. Les objectifs des officiels et des clandestins sont les mêmes. »


Diffamation, se défend-on du côté de PETA France :

« Nous ne versons rien à ces mouvements. Nous comprenons leurs actions, mais nous ne tolérons aucune forme de violence. »


Debbie Vincent ne confirme pas non plus ces liens : « Toutes les organisations sont indépendantes. »


Une certitude néanmoins : SHAC ira jusqu'au bout, promet son activiste :

« Et ceux qui s'opposeront à notre cause le paieront d'une manière ou d'une autre. Même des journalistes. On sait où vous vous trouvez. »


Des paroles en l'air ?


Pas vraiment.


ALF avait marqué au fer rouge ses initiales sur le dos d'un journaliste britannique qui les avait infiltrés.


Les militants de la cause animale n'ont rien de rigolos et de doux rêveurs.





En partenariat avec :

L'Hebdo

Photo : « ALF Goat » (Sirkullay/Flickr).

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Published by Loukoum & Cie - dans Truc Animaux
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