La Chine et les Etats-Unis représentent à eux deux plus de 40% des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES). Que ces deux pays prennent (enfin) des engagements chiffrés de réduction est une avancée colossale.
En revanche, la base sur laquelle ces engagements ont été pris pose problème: il s'agit de l'année 2005, alors que le reste du monde prend 1990 comme année de référence.
Cette situation est plus problématique pour les Etats-Unis que pour la Chine qui fait valoir son droit à polluer. "La Chine est un pays émergent qui compte 1,3
milliard de personnes, dont une grande proportion de très pauvres", remarque Elise Buckle qui suit le Sommet de Copenhague pour l'organisation environnementale WWF.
"Les pays industrialisés ont émis énormément de gaz à effet de serre pour développer leur industrie. La Chine revendique maintenant un droit au développement",
ajoute-t-elle avant de reconnaître que polluer aujourd'hui n'a pas le même sens que dans les années 50.
Lorsque les pays industrialisés se sont développés, l'impact environnemental de cette politique productiviste n'était pas connu.
Aujourd'hui le monde entier reconnaît la nécessité de moins polluer, y compris la Chine en proie aux sécheresses et menacée de manquer d'eau potable avec le tarissement des réserves de l'Himalaya.
Pour autant, par rapport au nombre de ses habitants, le premier pollueur mondial en quantité totale de CO2 et l'un des plus petits pollueurs de la planète. La
Chine émet moins de 3,5 tonnes de CO2 par habitant contre plus de 20 pour les Etats-Unis qui ont, eux, déjà largement contribué à la pollution ambiante.
D'où le fait que tous les yeux soient tournés vers Washington.
Les données sur les émissions de CO2 sont nombreuses et toutes divergent sur les montants. Les tendances sont, elles, les mêmes.
Selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), la Chine émettait en 1990 2,2 milliards de tonnes de CO2 dues aux seuls usages énergétiques.
En 2005, elle émettait 5,1 milliards de tonnes de CO2 soit une hausse de 127% par rapport à 1990.
Sur la période récente, le rythme de progression des émissions s'est accéléré, atteignant 10,7% en 2005-2006 contre une tendance mondiale de 3,2%.
Les Etats-Unis sont aujourd'hui le plus gros pollueur avec 5,8 milliards de tonnes de CO2 rejetées (2005), contre 4,9 milliards en 1990.
Selon le site officiel du gouvernement américain sur l'énergie (Energy Information administration), les émissions de dioxyde de carbone issue de l'usage énergétique et de l'industrie américaine sont passées de 5 milliards de tonnes en 1990 à 6 milliards en 2005, base de référence des engagements américains.
En 2007 et 2008, la cadence s'est maintenue pour la Chine et les Etats-Unis.
Toutes émissions de CO2 comprises, la Chine est passée de 2,452 milliards de tonnes en 1990 à 6,809 milliards en 2008 (+178%), note le Forum économique international des Energies renouvelables (Internationales
Wirtschaftsforum Regenerative Energien - IWR).
De même source, les Etats-Unis sont passés de 5,461 milliards de tonnes en 1990 à 6,369 milliards en 2008 (+17%).
Si l'on rapporte les objectifs chiffrés américains (-17% des émissions en 2020 par rapport à 2005, -30% en 2025 et -42% en 2030) à
l'année 1990, les Etats-Unis auraient dû baisser leurs émissions de CO2 à 4,167 milliards de tonnes en 2020, 3,515 milliards en 2025 et 2,913 milliards en 2030.
Sur une base 2005, ils émettront 5,007 milliards de tonnes en 2020, 4,222 en 2025 et 3,499 en 2030.
C'est plus avantageux.
Surtout à 100 euros la tonne de CO2 en 2030 sur le marché carbone...
Si l'on rapporte cette fois ces montants au niveau d'émission de 1990, les Etats-Unis s'engagent in fine à réduire de 0,3% leurs émissions de GES en 2020, à 5,007
milliards de tonnes contre 5,021 milliards en 1990.
D'où le fait que 1990 ne soit pas prise en référence: il est impensable pour Barack Obama d'arriver à Copenhague avec un discours politique volontariste tout en annonçant une baisse de 0,3% des émissions de GES d'ici 2020 ou de -18,9% en 2025 (-43,5% en 2030).
Il est plus difficile de
chiffrer les engagements de la Chine dans la mesure où ils portent sur l'intensité carbone (émissions polluantes par unité de PIB) et non pas les émissions de gaz carbonique.
"Ce qu'il faut retenir c'est que les émissions de CO2 de la Chine vont augmenter pendant bon nombre d'années encore. C'est l'efficacité énergétique de la Chine qui va s'améliorer", explique Elise Buckle.
L'Europe, elle, est une bonne élève.
Depuis 1990, les pays européens ont réduit de 8 à 10% leurs émissions de GES, davantage même pour les pays de l'UE à 15, selon un rapport de l'Agence européenne pour
l'environnement (AEE) publié le 12 novembre dernier.
Et pour l'avenir, l'Europe s'est engagée fin 2008 à réduire de 20% ses émissions de GES d'ici à 2020 par rapport au niveau de 1990.
Ce sera 30% en cas d'accord international d'envergure.
Rien à voir avec les engagements américains même si la communauté internationale -à l'image de Jean-Louis Borloo, notre ministre du Déveloopement durable- plaide que, pour une fois, ils font preuve d'ouverture sur le sujet.
Après tout, Kyoto ne s'est pas fait en un jour.
La version signée en 1997 n'était qu'un engagement politique.
Copenhague est déjà plus que cela même s'il est probable que le véritable virage ne soit pris à Mexico fin 2010.
Le climat attendra.












